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Fondation d'une revue et d'un mouvement

    Au début des années 1930, cet engagement de Mounier et de la revue Esprit pour faire face à la « crise de l'homme au XXe siècle », prend place – à côté de celui du mouvement l'Ordre Nouveau (Robert Aron, Alexandre Marc, Denis de Rougemont) – dans le courant de réflexion et de recherches d'orientation personnaliste regroupant ceux que l'historiographie désigne aujourd'hui sous l'expression de non-conformistes des années 30. Jusqu'à la guerre, Mounier s'attache à approfondir les orientations de la révolution « personnaliste et communautaire » qu'il souhaite voir se réaliser pour remédier au « désordre établi », sans tomber dans les impasses des solutions totalitaires du fascisme ou du communisme. Intéressé par certaines des premières orientations du régime de Vichy (politique de la jeunesse), il fait reparaitre Esprit, mais s'en détourne à partir de 1941 et prend contact avec le mouvement de Résistance Combat, tandis que la revue est interdite en août 1941. Arrêté, il est libéré après une éprouvante grève de la faim et se réfugie dans la Drôme où se poursuit son activité intellectuelle.

    Après la guerre, il multiplie les voyages et les contacts. Il participe à la réconciliation franco-allemande, le vrai point de départ de la re-création de l’Europe. En 1948, il crée le Comité français d’échanges avec l’Allemagne nouvelle. « Avec le recul, témoigne Alfred Grosser, alors jeune secrétaire général de ce comité, on s’aperçoit que c’est ce travail d’échanges qui a créé une sorte d’infrastructure humaine permanente pour les rapports franco-allemands et qui a contribué dans une large mesure à leur donner la spécificité sans laquelle la politique européenne des années 60 comme celle des années 50 ne saurait être expliquée. »

    Le personnalisme, nommé aussi personnalisme communautaire, de Mounier n’est ni un système ni une doctrine. C’est une « matrice philosophique », suggère Jean-Marie Domenach, ancien directeur d’Esprit (décédé en 1997). C’est, propose Guy Coq, « un espace de rencontres autour de quelques points d’appui, où chrétiens, musulmans, agnostiques, juifs et incroyants peuvent se retrouver dans une réflexion sur le monde que nous avons à construire ». Même si c’est bien sa foi chrétienne qui l’inspire, il n’entend pas faire ?uvre confessionnelle. Esprit ne sera donc pas une revue catholique, mais une revue où des croyants et des incroyants se fréquentent, discutent, s’expriment. Il veut créer une fraternité fondée sur un socle de valeurs communes et sur une méthode qui privilégie la discussion et la pluralité des points de vue.

    Emmanuel Mounier meurt le 22 mars 1950 d’une crise cardiaque, à 44 ans. Mais grâce à la revue et à ses livres, traduits en plusieurs langues, l’influence du personnalisme se répand dans l’Europe entière. Esprit continue, une nouvelle génération de philosophes (Étienne Borne, Jean Lacroix, Gabriel Madinier, Joseph Vialatoux...) assure le relais, prolonge et élargit la réflexion. « L’affirmation de la dignité inaliénable de la personne humaine gagne du terrain, et permet de fonder la pensée des droits de l’homme. »

    D'après Gian Maria Vian, Mounier aurait été le premier à évoquer le « silence » de Pie XII (en l'occurrence concernant l'invasion de l'Albanie par l'Italie) et aurait ainsi contribué à créer la "légende noire" sur ce pape.

    Mounier a été professeur au Lycée du Parc, à Lyon. Des lycées portent son nom à Grenoble et à Chatenay-Malabry où il est décédé en 1950.